Retour sur le colloque portant sur la question de la reconnaissance des compétences pour l’insertion des jeunes

À l’occasion de la Foire de Châlons-en-Champagne, le jeudi 5 septembre, le Réseau E2C France, a organisé un colloque sur le thème « Reconnaître et valoriser les compétences : une réponse au chômage des jeunes ? » en partenariat avec le LISEC (Laboratoire des sciences de l’éducation et de la communication) de l’université de Nancy. Plus de 230 personnes ont assisté et suivi ce colloque qui a réuni plusieurs experts et personnalités du monde de l’éducation et de la formation, du monde institutionnel et économique.

Colloque sur l'Approche par compétences du 5 septembre 2019
Colloque sur l’Approche par compétences du 5 septembre 2019

Des personnalités du monde institutionnel au colloque APC
Personnalités du monde institutionnel et économique au colloque sur l’Approche par compétences, accompagnés de stagiaires de l’E2C Champagne-Ardenne

 

Partager les résultats d’une recherche-action sur la reconnaissance des compétences

Dans l’objectif de renforcer encore la place accordée à la reconnaissance des compétences, le Réseau E2C France a lancé fin 2015 une recherche-action pour définir un cadre commun à l’approche par compétences dans les E2C. Mené avec le LISEC, ce projet s’est appuyé sur des expérimentations réalisées dans 11 E2C et portait sur le repérage, la formalisation et la valorisation des compétences dans différentes situations d’apprentissage du parcours E2C.
Grâce aux résultats de la recherche-action, le Réseau E2C France a produit et publié en 2018 un guide de référence pédagogique. Ce colloque s’est appuyé sur les résultats de cette recherche-action afin de débattre de la valorisation de la reconnaissance des compétences pour lutter contre le chômage des jeunes.

Les sujets abordés et les intervenants

Les principaux sujets abordés étaient les suivants :

 

Les enjeux politiques et sociaux de la compétence

Intervention d’Alexandre SCHAJER, Président du Réseau E2C France et de Valérie DEBORD, Vice-Présidente de la région Grand Est, délégation à la thématique de l’emploi.

« Nous avons écrit une charte des principes, un document fondateur qui précisait que les E2C ne délivraient pas de diplôme mais visent à créditer des compétences. A côté de la remise à niveau  de base, à côté de la notion d’acquisition et d’habilité sociale, à côté de notre méthodologie et pédagogie de projet et de transversalité. Tous ces éléments ont de tout temps été présents dans notre démarche. Cependant, compte tenu de l’évolution forte sur ces questions depuis 15 ans, le temps était venu de s’interroger sur l’adaptation de nos référentiels et de nos méthodologies et d’opérer un saut qualitatif pédagogique pour valoriser les compétences des jeunes.

Notre projet dont on va vous parler aujourd’hui, s’est déroulé en plusieurs étapes. Dans un premier temps en 2015, nous avons élaboré un nouveau projet stratégique pour la mise en place dans les E2C d’une Approche par les Compétences (APC). Nous avons choisi d’être accompagné par le Laboratoire Interuniversitaire des Sciences de l’Éducation et de la Communication, le Lisec de l’université de Lorraine, notre prestataire historique devenu notre partenaire. Deuxième temps, en 2016 et 2017, nous avons mis en place une phase d’expérimentation avec 11 E2C volontaires pour définir un cadre de référence. Troisième temps, à l’issue de cette recherche action, nous avons proposé un référentiel de compétences, obtenu l’avis conforme des Ministères du Travail et de l’Éducation Nationale sur notre cahier des charges et publié un guide explicatif pour l’usage de ce référentiel. Ce guide définit les principes d’une Approche par les compétences adaptée aux E2C, centrée sur la prise en compte de l’expérience des stagiaires.  » Alexandre SCHAJER, Président du Réseau E2C France

 

« Aujourd’hui, le diplôme n’est pas forcément en adéquation avec la recherche de compétences. Il faut que le chef d’entreprise ne recrute pas uniquement sur un diplôme, il faut que chacun comprenne qu’il faut valoriser autre chose, et c’est important, qu’un titre mais, et c’est peut-être plus important , un savoir-faire et un savoir-être. » Valérie DEBORD, Vice-Présidente de la région Grand Est, délégation à la thématique de l’emploi

Pourquoi développer de nouvelles modalités de reconnaissance des compétences ? Le cas de la recherche-action « Approche par compétences (APC) en E2C »

Intervention de Jean SERROR, Directeur de l’E2C Val-de-Marne et de Nathalie LAVIELLE-GUTNIK, Maître de conférences au Lisec.

Jean SERROR et Nathalie LAVIELLE GUTNIK
Nathalie LAVIELLE GUTNIK et  Jean SERROR

 

« La question des compétences est centrale, c’est une des clés d’entrée pour l’insertion sociale et professionnelle. C’est à l’origine et dans l’ADN des E2C. Les E2C sont nées et issues du Livre Blanc Enseigner et apprendre, vers la société cognitive par Mme Édith CRESSON.  Qui dit échec scolaire ne signifie pas absence de compétences, ne signifie pas incapacité mais signifie des difficultés à accéder à une insertion sociale et professionnelle durable» Jean SERROR, Directeur de l’E2C Val-de-Marne

 

« Au-delà des apports scientifiques sur lesquels nous reviendrons avec mes collègues dans la prochaine table ronde, qu’est ce qu’on fait de la recherche ? C’est-à-dire produire de la connaissance mais pour en faire quoi ? Des travaux qui portent sur des questions d’insertion, sur les questions des difficultés d’accès à l’emploi pour des jeunes et moins jeunes. Des résultats de recherche existent depuis plus de 20 ans. La question est que fait on de ces résultats là et comment les utiliser ? Dans les démarches de la recherche-action, notre préoccupation est aussi de savoir quelle utilité sociale on donne aux activités scientifiques et quelle place peut prendre la recherche dans les développements sociaux. » Nathalie LAVIELLE-GUTNIK, Maître de conférences au Lisec

Regards croisés sur l’APC dans les E2C

Table ronde avec comme participants et thèmes abordés :

    • L’analyse de l’expérience, une condition de l’Approche par Compétences par Isabelle HOUOT, Maître de conférences au Lisec
    • Formes d’autonomie et processus d’émancipation par l’APC par Hugues LENOIR, Maître de conférences au Lisec
    • Formes d’environnements capacitants dans le cadre de l’Approche par Compétences par Maël LOQUAIS, Maître de conférences au Cread
    • Évolution professionnelle des acteurs des E2C liée à l’Approche par Compétences par Nathalie LAVIELLE-GUTNIK, Maître de conférences au Lisec
    • Benjamin DENECHEAU, Maîtres de conférences du Lisec et discutant
  • Comment repenser les parcours d’insertion des jeunes ?

Intervention de Melaine CERVERA, Maître de conférences à l’Université de Lorraine.

Melaine CERVERA
Melaine CERVERA, Maître de conférences à l’Université de Lorraine

 

Comment insérer durablement par les compétences les jeunes moins qualifiés ?

Table ronde avec la participation de : Valérie DEBORD, Vice-Présidente de la région Grand Est, délégation à la thématique de l’emploi ; Patrick TASSIN, Président du CESER Grand Est ; Myriam COUILLAUD, DRH groupe HSBC France ; Anne-Laure POQUET, Directrice Emploi, Recrutement & Mobilité de Carrefour France ; Alexandre SCHAJER, Président du Réseau E2C France.

“Une règle pratico-pratique que nous utilisons en entreprise. Nous, ce qu’on dit dans l’entreprise, c’est que l’apprentissage des connaissances est un règle très simple : 70-20-10. Ça n’est pas forcément scientifiquement prouvé. C’est très empirique. 70% du développement des compétences passe par l’expérience. Donc l’apprentissage c’est indispensable. C’est comme cela qu’on apprend un métier. 20% de l’acquisition de l’apprentissage de l’expérience passe par les relations. Quand on est apprenti, on a un tuteur, on a des enseignants et on a des collègues. Par l’échange avec l’ensemble de ces personnes, on apprend parce qu’on verbalise, on communique, on explique, on écoute et donc c’est fondamental. Pour nous, ça c’est l’apprentissage. Et 10% c’est l’enseignement plutôt théorique.” Myriam COUILLAUD, Directrice des Ressources Humaines pour le groupe HSBC France

 

“On attache beaucoup plus d’importance aujourd’hui aux soft skills ou aux compétences comportementales, au savoir-être plutôt qu’au savoir-faire parce qu’on sait, aujourd’hui, en tant qu’entreprise, qu’on se positionne comme une entreprise apprenante et qu’on peut apporter au final le savoir-faire ou les compétences techniques bien plus que le savoir être.” Anne-Laure POQUET, Directrice Emploi & Mobilité de Carrefour

Conclusion du colloque

  • Conclusion par Alexandre SCHAJER, Président du Réseau E2C France
Alexandre SCHAJER
Alexandre SCHAJER, Président du Réseau E2C France
  • Intervention d’Édith CRESSON, Présidente de la Fondation Édith CRESSON pour les E2C
Édith CRESSON , Présidente de la Fondation Edith CRESSON pour les E2C
Édith CRESSON , Présidente de la Fondation Edith CRESSON pour les E2C

 

« Combien de jeunes n’ont pas cette approche sociale parce qu’ils vivent dans un univers totalement fermé. Quelque fois, je raconte cette anecdote. J’ai rencontré à Marseille des jeunes qui habitaient Marseille mais qui n’avaient jamais vu la mer. C’est quand même extraordinaire. Donc le degré d’enfermement dans lequel ils sont, quelque soit leur niveau d’intelligence , fait qu’il sont retranchés. Et comme ils ont l’habitude de ne pas comprendre quand on leur propose quelque chose, ils refusent dès le début. Ils ne veulent pas en entendre parler car ils savent qu’ils ne vont pas le comprendre. Tout au moins, ils croient qu’ils ne vont pas le comprendre. Donc, le travail des Écoles de la 2e Chance est de défaire cet espèce de carcan dans lequel ils sont enfermés pour qu’ils puissent accéder à une certaine curiosité. Souvent je leur dis, on dit que la curiosité est un vilain défaut, pas du tout c’est la première des qualités. Et cette qualité, il faut que leur enseigner. » Édith CRESSON, Présidente de la Fondation Édith CRESSON pour les E2C

  • Clôture par Valérie DEBORD, Vice-Présidente de la région Grand Est, délégation à la thématique de l’emploi et par Jean-Marie MARX, Haut-Commissaire aux compétences et à l’inclusion par l’emploi.

« Le sujet effectivement des savoirs êtres, des soft skills, dont le terme a été employé tout à l’heure, est absolument essentiel. Dans mes déplacements, je rencontre beaucoup de chefs d’entreprise, de PME qui me disent qu’à partir du moment où ces compétences de base transversales sont là, le reste peut être acquis effectivement dans le cadre d’une alternance au sein d’une entreprise. Et finalement, ce qui compte aussi, c’est la capacité d’apprendre à apprendre, d’apprendre à changer, à évoluer au sein des entreprises. » Jean-Marie MARX, Haut-commissaire aux compétences et à l’inclusion par l’emploi